Marvin Gaye « Here My Dear » 1978 (MOTOWN)

Cet opus aurait pu s’appeler « Marvin Declares War » tant il parait être l’exutoire d’un artiste brisé par les sursauts d’une carrière dont les frustrations vont s’accumuler à partir de la fin des 60’s, et dont la vie personnelle s’avère chaotique et au moins aussi compliquée que son pendant professionnel.

« Here My Dear » sort en 1978 et rencontre l’inintérêt des critiques et du public. La période que traverse le « Prince de la Soul » est, en effet, peu propice à l’expression d’une œuvre majeure, en tout cas pour l’époque. Il ne deviendra culte bien après sa publication. Absent des bacs durant les années qui suivront sa sortie, il ne rencontrera pas le succès que Marvin a pourtant l’habitude d’avoir, mais deviendra finalement incontournable par la suite.

En plein divorce avec Anna Gordy Gaye, sa première épouse et surtout sœur du Boss, Marvin est obligé de lui céder les royalties et la recette des ventes de cet opus. Qu’à cela ne tienne, la guerre est déclarée. Alors qu’il vit une histoire devenue compliquée avec Janis Hunter, il met à jour sa version de sa relation avec Anna, ce qui aura le don d’énerver Berry Gordy.

Bref tous les signaux sont au rouge pour la sortie de ce qui restera comme l’inventaire d’une fin d’histoire d’amour avec Motown, puisque Marvin soldera définitivement ses comptes avec le label mythique de Détroit en sortant un « In Our lifetime » de la délivrance.

Cet album renferme pourtant les recettes qui avaient fait de Marvin Gaye l’un des plus grands crooners de sa génération. Une voix toujours aussi envoûtante et des arrangements de haut vol font de ce disque un des grands albums de la Motown et ce malgré la guerre ouverte qu’il incarne entre lui, le Label et la famille Gordy.

C’est souvent dans la souffrance que l’artiste puise ses plus belles expressions artistiques, cet opus en est l’incarnation.

 Avec cet album Marvin ne se prive pas de continuer à donner des leçons de Soul dont peu peuvent se targuer.

Les exceptionnels « Here My Dear » et « Everybody Needs Love” se télescopent aux grooves vindicatifs des “Angers”, “Time To Get It Together” et autres « Funky Space Reincarnation ».

Album absolument essentiel pour tout Soulman qui se respecte.